Le Pouvoir de la catification


Deux minous qui vivent maintenant en harmonie : Lórien de Cadicha (à gauche) et Maïkan de la Magie des Licornes (à droite)
Deux minous qui vivent maintenant en harmonie : Lórien de Cadicha (à gauche) et Maïkan de la Magie des Licornes (à droite)

Dans un article du 15 novembre 2020, Brigitte Routier de la chatterie des plateaux de Batéké nous parlait de l’importance d’un environnement riche et stimulant pour le bien-être de nos chats. L’aménagement de son intérieur pour les chats a un nom spécifique en anglais : la catification. En m’appuyant sur mon expérience personnelle et mes lectures, je vais tenter de mettre ici en lumière l’incroyable impact qu’elle peut avoir sur la relation de votre chat avec tous les autres habitants de votre foyer.

 

Répondre aux besoins primaires de son chat

Le principal objectif de la catification est de permettre à son chat d’exprimer librement sa nature, pour in fine être bien dans ses patounes, équilibré psychologiquement et en bonne santé. Pour bien déterminer ses besoins, listons quelques-unes de ses caractéristiques essentielles.

 

►  Un prédateur-proie

A l’extérieur, le chat est à la fois prédateur et proie. Il lui faut donc être à même de répliquer les mécanismes de la chasse, mais aussi de se mettre à l’abri des dangers potentiels. Son côté proie constitue l’une des raisons pour lesquelles le chat est très sensible au stress (c’est un mécanisme de survie, comme pour nous). Il l’est à tel point que cela peut lui être fatal : un grand stress peut affaiblir grandement son système immunitaire et contribuer à favoriser l’apparition de maladies terribles telles que la PIF (voir l’article du 20 juin 2020).  

 

►  Des sens particuliers

Ce double statut explique aussi l’incroyable développement de certains de ses sens, comme l’ouïe, le toucher et l’odorat. Sa vision est différente de la nôtre : plutôt myope, il est surtout réceptif aux mouvements. Quant au goût, étant un carnivore strict, il a un palais bien moins développé que celui de l’humain, surtout spécialisé dans la distinction des différentes protéines. Par conséquent, on ne pourra pas stimuler un chat de la même manière qu’un enfant, sa réponse sensorielle sera complètement différente. Selon sa personnalité et son éducation, il sera même susceptible de se sentir en grand danger lorsque la maisonnée est trop bruyante (e.g. aboiements, cris d’enfants, travaux, feux d’artifice).

 

►  Un solitaire dans l’âme

Le chat est en outre génétiquement adapté à la vie en solitaire. Si l’éducation peut lui donner les clés de la cohabitation avec d’autres individus (humains, chats, chiens, ou autres animaux), il ne naît pas avec une capacité innée à vivre en communauté. Cela peut être source d’un grand stress pour lui. En tant qu’adoptants, il nous revient donc de lui faciliter la tâche, notamment par le biais d’aménagements lui permettant de trouver sa place en marquant son environnement, mais aussi d’éviter les autres êtres vivants du foyer s’il en ressent le besoin.

 

►  Un être organisé et routinier

Du fait, entre autres, des caractéristiques listées ci-avant, le chat est incroyablement organisé : il choisit des endroits bien différents pour éliminer, boire, manger, chasser et se reposer. Ainsi, placer par exemple une gamelle à côté d’un bac à litière ne lui conviendra pas et risque de l’inciter à aller faire ses besoins ailleurs. Par ailleurs, en tant que proie, il lui faut être à même de contrôler son environnement lorsqu’il s’adonne à ces activités essentielles. Le choix des emplacements dédiés est donc crucial.

 

Avec ces quelques notions de base en tête, voyons maintenant comment nous y prendre concrètement, et quels avantages chat et humains peuvent en retirer.

 

La catification en pratique

Les besoins primaires du chat nous permettent d’identifier les types d’aménagements dont il va avoir besoin : 

  • pour marquer son environnement (griffoirs, tissus, matériaux qui retiennent les odeurs mais aussi bacs à litière),
  • pour observer sans être vu (zones en hauteur, cachettes au sol),
  • pour reproduire la chasse (zones où grimper, courir, bondir, jouets interactifs),
  • pour éviter les autres (issues de secours),
  • pour satisfaire son sens routinier et son besoin de contrôler son environnement (placements stratégiques des bacs à litière, gamelles, fontaines à eau, zones de repos).

►  Un monde en 3D

L’une des meilleures manières de répondre à une grande partie de ces besoins est de réfléchir en 3D, et d’imaginer des installations qui exploitent la hauteur aussi bien que la longueur et la largeur. 

En hauteur, le chat peut se rendre inaccessible à des enfants turbulents ou à un chien surexcité. Il peut observer toute la pièce tout en restant discret ; il contrôle alors totalement son environnement. Cela permet par exemple d’aider à résoudre (ou éviter) des problèmes d’agressions défensives. 

La prise en compte de la dimension verticale permet aussi de concevoir des issues de secours en cas de rencontre non désirée dans une zone étroite. Permettre à des chats de s’éviter s’ils le souhaitent contribue à augmenter les chances d'une bonne entente entre eux. Chez moi, cela a permis de drastiquement réduire les bagarres ! 

 

Un monde en 3D est aussi plus riche pour le chat. S’il s’ennuie, il peut chercher à s’occuper en faisant tomber des objets fragiles, en grimpant aux rideaux, en causant des dégâts divers et variés dans la maison. En lui dédiant un parcours spécifique, qui répond à ses besoins naturels, on dévie son attention des zones interdites pour la replacer sur ce qui est approprié. Il n’a alors plus de raison de chercher à assouvir ses besoins ailleurs.

 

Attention néanmoins aux chutes ! Calibrez correctement les distances entre éléments muraux pour éviter les accidents, et n’hésitez pas à revêtir les surfaces en hauteur d’une matière agrippante (e.g. moquette, sisal). 

 

 

►  Des stimuli sensoriels

Varier les matériaux (bois, tissus, sisal, métal, carton), utiliser de l’herbe à chat, placer des petits jouets sonores, des plantes non toxiques le long des parcours et dans la maison permet de stimuler les sens les plus développés du chat. Dans un environnement aussi riche, il ne pourra que s’épanouir. L’accès à l’extérieur pourra même perdre son attrait, puisque par tous ces aménagements, nous aurons amené tout ce qu’il pouvait y trouver à l’intérieur, dans une zone qu’il n’a pas besoin de protéger des intrusions des animaux du voisinage !

 

Des griffoirs et un poste d'observation sous la fenêtre, ainsi qu'un accès au dessus du frigo
Des griffoirs et un poste d'observation sous la fenêtre, ainsi qu'un accès au dessus du frigo

►  Des emplacements et du matériel adaptés

Pour que les aménagements aient l’effet désiré, il faut d’abord bien s’équiper. Un griffoir branlant ne sera pas attractif pour le chat, qui aura du mal à l’utiliser. Un arbre trop fin et mal fixé pourra aussi être boudé du fait de son manque de stabilité. Pour la sécurité comme pour l’utilité, il faut penser solidité.

 

Ensuite, le choix des emplacements est aussi crucial. Les griffoirs pourront par exemple être placés à des endroits où le chat apprécie de s'étirer et de marquer son environnement (e.g. à l'entrée d'une pièce, près des ressources, à proximité des fenêtres, au pied d’un escalier). Concernant les bacs à litière, sujet délicat, je préfère renvoyer les lecteurs vers un article détaillé de ma comportementaliste. Des tablettes peuvent être placées sous les fenêtres, pour que le chat puisse regarder les oiseaux depuis son cocon. Faites toujours attention, en revanche, à ne pas créer de culs-de-sac en plaçant vos éléments : votre chat doit pouvoir partir facilement si un autre chat utilise le parcours en même temps.

    

►  Une catification design

Il existe de nombreuses manières d’aménager son intérieur pour satisfaire les besoins de son chat, sans pour autant sacrifier son sens de l’esthétique. Aujourd’hui, de nombreuses marques proposent du mobilier design et solide (e.g. HomycatVimbeskKatzen dekoPurrFurPetFun et bien d’autres encore). Les bricoleurs peuvent aussi fabriquer eux-mêmes leur propre mobilier à moindre coût. Des services de design intérieur dédiés aux chats sont même proposés (voir en particulier celui d’Educhateur, où de nombreux exemples sont illustrés). Enfin, il suffit parfois de dégager le haut d’une étagère pour l’intégrer à un parcours en hauteur.

 

En bref

La catification est un moyen simple et efficace d’améliorer le bien-être de son ou ses chats, et de réduire voire éviter les comportements indésirables (e.g. agressivité, griffades, destruction, marquage urinaire hors litière, bagarres). Quand on y prend goût, on peut transformer son intérieur en véritable paradis pour félin, rendant les sorties sans supervision inintéressantes pour minou. En choisissant bien son matériel, on peut même s’en servir comme décoration d’intérieur, et donner un certain cachet à nos habitations, qui ne laisse pas de marbre les visiteurs.

 

J’espère que cette introduction rapide aux bases d’une bonne catification vous aura inspirés, et vous quitte en vous donnant deux références utiles pour aller plus loin et trouver des idées originales d’aménagement.

 

Deux livres dédiés à la catification

  • Jackson Galaxy and Kate Benjamin, Catification: designing a happy and stylish home for your cat (and you!), Tarcher/Penguin, 2014 | ISBN 9780399166013
  • Jackson Galaxy and Kate Benjamin, Catify to Satisfy: simple solutions for creating a cat-friendly home, Tarcher/Penguin, 2015 | ISBN 9780399176999

©E. Chautru